Poinçon punctum, traversée et scansion

 

 

 

 

crever la surface. lui faire la peau. qu'elle crève, mais ce n'est pas un cri.

Laborieusement, inlassablement à l'usure, devenir peau et érotisation de la surface.

 

 

En géométrie, le point peut être pris comme une négation d'espace: c'est un constituant spatial qui n'occupe pas d'espace. Insécable, il est à la limite du continu et du discontinu. Leibniz définit le point comme l'intersection de droites, il est pensé comme le produit d'un croisement. Le poinçon est en quelque sorte une extension du point. Il emprunte à la fois à la piqûre et à l'empreinte. Ce punctum, fait par un instrument pointu renvoie non seulement à la blessure, au signe de ponctuation, de désignation mais aussi dans l'expression « Ad punctus temporis » à une portion de temps: le clin d'oeil. C'est une percée qui en même temps s'ouvre et se referme. D'autres expressions : « faire le point » qui fait appel à la localisation ou encore la « mise au point »: qui convoque l'optique et la vision. Un point de vue d'un paysage en appellera toujours un autre : il permet le passage d'un point à un autre, d'une vue à une autre dans une certaine idée de continuité. Mais le point n'est pas seulement de vue. Il y a un rapport point / poinçon / pulsion scopique. S'il y a un rapport à la visée, le poinçon n'offre pas de point de vue brunellescien (celui-ci orientait le regard), mais il est un geste qui oriente la surface. Les bords de la percée sont repoussés dans le sens de la traversée, ils deviennent l'indice d'un recto par rapport à un verso.

Deux propositions différentes sont menées (et à chaque fois, l'alternative d'arrêter le travail à plat ou en volume, ce qui ouvre 4 possibilités)

-Dans la première série les poinçons scandent et texturent l'ensemble de la surface ; le ponctuel traverse l'épaisseur des couches de papier, se démultiplie et envahit le tout (paradoxe local / global). (série « parcours ? »)

-Dans la seconde, les poinçons laissent des repères, qu'ils suivent et redoublent le tracé du bord (série : « Au bord du huit »), ou qu'ils détourent des flèches qui ponctuent et orientent une circulation. (série « flèches »). Ils opéreront une sorte de projection de proche en proche au gré des plis, du parcours du bord ou de celui des flèches.

-Poinçon / scansion

Sur/ à travers le support noué- plié, d'un seul geste, le poinçon est non seulement multiple mais distribué de telle manière que lorsque la bande sera tournée sur elle-même, certains poinçons par le sens de leur ouverture indiqueront un sens de traversée à proximité d'autres qui en indiqueront le sens inverse (non orientabilité de la surface)

Deux couleurs sont appliquées, une par face du noeud plié. La peinture étalée latéralement s'écoule en parcours perpendiculaires. Elle contamine de l'avers au revers.

-Poinçon / Au bord du huit

-Longer les bords de la bande étendue avec de la couleur tout en différenciant une face de l'autre (à l'aide de la couleur ou des flèches). Dorénavant lorsqu'il sera question de bord, ce sera en référence à ce bord peint de largeur égale à celle du tracé tiré au pinceau.

-Flécher le bord oriente la surface. Ce sera une aide précieuse au moment de poinçonner.

-Nouer en huit, plier. Coller des carrés de toiles sur les croisements de bord apparents au recto et au verso du volume mis à plat. Leur fonction sera double. Maintenir immobile le pliage pendant l'opération de poinçonnement et garder la trace de ce temps immobile lorsque le mouvement du retour vers le volume et que l'accrochage auront lieu.

-Suivre le parcours du bord qui plonge dans l'antre (l'entre) des différentes couches (plus à tâtons que de visu) et poinçonner les deux bords du ce bord unique en restant attentif à traverser l'ensemble de l'épaisseur.

-Evider là où le bord ne passe pas. Trouer la surface tout en préservant la continuité du bord. Si le processus est mené à son terme (mais pas nécessairement), il ne reste que du trou et du bord. L'entour est alors la matière de l'oeuvre. Dans le cas contraire, de la surface de réserve n'est pas détachée selon les pointillés et permet de repérer certaines formes qui se répètent plus ou moins, en fonction des superpositions des couches pliées au moment du poinçonnement.

Mais il y a différentes qualités de bord. Le bord extérieur de la bande d'origine est coupé au cutter (bord franc), Le bord interne du bord est poinçonné en pointillé mais longe et parfois mord le tracé au pinceau. Les réserves maintenues qui se trouvaient en couches au dessus, en dessous du passage du bord extérieur ont des frontières dentelées sur leurs deux bords. 

Le nouage n'a pas varié mais la multiplicité des trouées modifie la plasticité et le profil du volume. Il apparaît bien plus complexe. Par opposition, la continuité de la ligne peinte du bord s'affirme.

Un écho à l'histoire de Didon première reine mythique de Carthage ou de Mélusine (de Jean Arras) m'amuse: on y trouve une référence à l'astuce du découpage mais aussi à la peau et au dépècement. Toutes deux rusent afin d'obtenir une nouvelle terre censée tenir dans la surface d'une peau de bête (un boeuf pour Didon, un cerf pour Mélusine). Elles joueront sur une habile découpe de la peau en fines lanières qui misent bout à bout délimiteront pour l'une Carthage pour l'autre de domaine de son époux (confère un stratagème mathématique appartenant au domaine des isopérimétrie : où pour un périmètre donné, l'aire d'une surface varie suivant sa forme).

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