When space draws

 

En guise de préliminaire, une longue bande de papier s'enlace.
S 'enroulant comme un ruban de möbius, la surface se modifie : maintenant unilatère,
par la torsion son dos se continue en face.
Un ordre attache le déroulement du dessin à l’enroulement de la surface.
Nouer, joindre, mais également écraser, peindre, couper, poinçonner, flécher tracent le cheminement du dessin.
Entre le volume et la surface, mobiles, les dessus - dessous - devant – derrière s'échangent.
Le dessin : n'est-ce pas questionner ce qui à la fois permet son existence et le limite en même temps : le support. Qu’est-ce que cette « origine du dessin » qui est là comme une surface, vivante comme une peau, qui se laisse modifier, altérer, outrager ?

Une intrigue se noue et ne demande pas d’être élucidée. Elle expose une liaison et non un dénouement.
Autour d’un demi-tour, quelque chose s’organise, de simple et de complexe à la fois.
Il y a deux notions contradictoires
: localement nous avons deux faces (discontinues), mais réellement, mathématiquement, il n’y a qu’une seule face et qu’un seul bord (continu).
Cette tension entre visible et non visible ne se résout pas. Entre la perception locale et l’appréhension globale de la pièce, le paradoxe se maintient comme la conjonction d’un continu et d’un discontinu pourtant irréductibles l’un à l’autre.
En dehors des repères habituels " où- quoi - comment ", les notions d’intérieur, d’extérieur, de cadre et de centre sont déplacés.
Ni entrée ni sortie, le regard ne peut s’y fier. Désorienté il n’aurait plus qu’à s’abandonner à la surface: lieu de perdition.
Hors des sentiers de la perspective, il n'y a plus de position de maîtrise pour le regard, mais des parcours sans issue à multi/plier.
La perte de contrôle : presque un écho à ma position dans cet "à faire", où il s’agit dans la pratique de se tenir légèrement en retrait, ravie de couvrir ce qui échappe.
Le plaisir se prend, en contrebande, au fil des plis et déplis, des accidents du terrain.

Amélie de Beauffort